Fixer ses tarifs : un enjeu de posture chez les thérapeutes

Saviez-vous que vos tarifs parlent pour vous, avant même que vous n’ouvriez la bouche ?

Je ne parle pas ici de stratégies marketing, ni de psychologie de la vente. Je vous parle d’un détail qui semble anodin… mais qui en dit long sur votre posture, votre rapport à l’argent, à la valeur de votre accompagnement, à votre légitimité.

Et c’est particulièrement vrai quand vous accompagnez les enfants et les adolescents.


Tarif bas = praticien engagé ?

Il y a encore cette croyance bien ancrée dans le monde de l’accompagnement :
« Plus tu es accessible financièrement, plus tu es engagé, humain, généreux. »

Et si on posait ça un instant ?

Combien d’entre vous ont fixé leurs tarifs en se disant :
« Si je mets plus, personne ne viendra. »
« Ce sont des parents en difficulté, je ne peux pas me permettre. »
« Je ne fais pas ça pour l’argent. »

Et je comprends. Vraiment.
Parce que quand on a choisi d’accompagner les enfants, on a souvent un grand cœur, une conscience sociale très forte… et une tendance à se suradapter.

Mais saviez-vous que fixer un tarif très bas peut parfois envoyer un message inconscient bien différent de ce que vous imaginez ?


Des parents qui doutent… avant même de vous rencontrer

Je me souviens d’une collègue qui avait fixé son tarif à 45 euros la séance. Elle voulait que ce soit “juste”. Que tout le monde puisse venir.
Mais elle avait beaucoup de désistements. Peu d’engagement.

En fait, son tarif éveillait plus de doutes que de confiance.
Parce qu’il ne renvoyait pas à sa compétence, mais à sa propre hésitation.
Et les parents le sentaient.

C’est un peu comme si, en baissant votre tarif, vous disiez :
« Je ne suis pas sûr(e) que ça vaille plus. »

Or, dans l’accompagnement, la confiance est primordiale. Et elle commence bien avant la première séance.


Votre tarif, c’est aussi un cadre

Quand vous accompagnez un enfant, vous n’êtes jamais seul(e).
Il y a lui. Il y a le parent.
Et il y a… tout ce qu’il se passe dans ce triangle relationnel.

Un tarif trop bas, c’est parfois une porte ouverte à une relation floue.
Les parents peuvent se sentir en droit de poser des questions hors cadre.
L’enfant sent que vous êtes “gentil”, mais pas forcément “solide”.
Et vous, vous risquez de vous épuiser. De vous sentir redevable. D’en faire trop pour compenser.

Or, votre tarif est aussi un ancrage.
C’est ce qui rappelle, à chaque séance, que vous êtes un professionnel. Que votre cadre est posé. Que votre temps, votre présence, votre engagement ont une valeur.

Et ce n’est pas une question de chiffres.
C’est une question de posture.


Accompagner un enfant, ce n’est pas “plus facile”

J’entends souvent :
« Ce sont des enfants, je ne peux pas faire payer autant qu’un adulte. »
« Une séance avec un enfant, c’est plus court. »
« C’est quand même plus simple, non ? »

Mais non.
Accompagner un enfant, ce n’est pas plus facile. C’est même souvent bien plus complexe.

Parce qu’il faut s’adapter, créer un espace où l’enfant se sente en sécurité, sans pour autant oublier les attentes du parent, mais aussi faire passer des messages puissants avec des mots simples, des métaphores, des jeux, des images.

Sans compter qu’il faut se former pour développer son expertise auprès des enfants (d’ailleurs pour vous, c’est une dépense ou un investissement ce type de formation?)

Bref, il faut être créatif, souple, solide, clair.
Et tout ça, ça a de la valeur.


Vos tarifs parlent aussi de ce que vous incarnez

Quand vous accompagnez les enfants, vous êtes un modèle.
Pas parce que vous savez tout, mais parce que vous montrez ce que c’est qu’un adulte aligné, stable, cohérent.

Et devinez quoi ?
Un adulte qui ne s’autorise pas à recevoir à hauteur de ce qu’il donne… n’envoie pas ce signal.

Comment voulez-vous que les enfants que vous accompagnez se sentent légitimes, confiants, solides dans leurs choix, si vous-même vous doutez de votre droit à être payé(e) justement ?

Je ne dis pas qu’il faut doubler vos tarifs demain matin.
Je vous invite juste à vous demander : est-ce que mon tarif raconte une histoire qui me ressemble ?
Est-ce qu’il reflète la qualité de mon accompagnement ?
Est-ce qu’il me permet de continuer à exercer dans la durée, avec enthousiasme, avec énergie ?


Mais alors, comment faire ?

Il n’y a pas de tarif “juste” dans l’absolu.
Il y a un tarif qui respecte vos besoins, votre expérience, votre expertise… et qui vous permet d’être bien dans votre posture.

Voici quelques pistes pour y voir plus clair :

  • Et si vous regardiez vos tarifs comme un miroir de votre posture : que vous montrent-ils aujourd’hui sur ce que vous osez recevoir ?
  • Si vous n’aviez plus peur de décevoir ou de perdre des clients, quel serait le tarif qui vous ferait dire : « là, je me sens aligné(e), juste, serein(e) » ?
  • Si vous deviez continuer ce métier pendant les 10 prochaines années… à ce tarif-là, qu’est-ce qui s’userait en vous en premier ?
  • Et si vous étiez votre propre collègue : paieriez-vous ce montant-là pour la qualité de présence, d’écoute, d’expertise que vous offrez ?
  • Votre tarif actuel vous permet-il d’exercer dans la joie… ou est-il en train de grignoter lentement votre énergie, votre envie, votre liberté ?
  • Qu’est-ce que vous redoutez qu’on pense de vous si vous augmentiez vos tarifs ?
  • Et au fond, quel message vous aimeriez vraiment envoyer à travers votre tarif ?

Ce n’est pas toujours confortable.
Mais c’est souvent là que commence le vrai réalignement.


Et si vous avez peur de perdre des clients ?

Alors posez-vous cette question :
Préférez-vous remplir votre agenda avec des séances qui vous frustrent, ou accompagner moins de personnes mais avec une présence pleine, un vrai engagement, une belle énergie ?

Parce qu’un praticien qui s’épuise… n’aide plus personne.

Et vous verrez que très souvent, ce qui attire les parents, ce n’est pas le prix.
C’est la confiance. La clarté. La cohérence.

Et tout cela, ça se sent. Ça se respire. Ça rassure.


En résumé

Vos tarifs ne sont pas “juste” un montant.
Ils parlent de vous mais aussi

  • De la place que vous vous donnez,
  • De votre posture professionnelle,
  • De la qualité du cadre que vous proposez.

Et, quelque part, de votre capacité à incarner ce que vous souhaitez transmettre aux enfants que vous accompagnez.

Et vous ?
Quelle histoire racontent vos tarifs ?

Cet article vous a plu ? Vous souhaitez découvrir d’autres techniques concrètes pour transformer vos séances avec les enfants ? Partagez en commentaire la plus grande difficulté que vous rencontrez avec les enfants dans vos accompagnements. Je vous donnerai des pistes personnalisées !

1 Comment

  1. Merci Isabelle d’avoir mis le doigt sur la juste valeur de nos séances.
    J’avoue ne pas être alignée dans ce domaine malgré les bons résultats…Ce fameux syndrome de l’imposteur sur lequel, je travaille depuis peu.
    Concernant les sujets à aborder, il y en a un tout nouveau pour moi…C’est le souhait de transition de genre chez les ados voire jeunes adultes. Comme je ne sais pas gérer, je les dirige chez le psychiatre. Est-ce la bonne décision?

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