Comment penser la fin de l’accompagnement

Débuter un accompagnement se fait naturellement.

Les parents prennent rdv et on commence avec ce qui vient, avec ce que le parent et l’enfant amènent comme étant le problème à dépasser.

Et puis, on peut assez vite se poser la question de la « prochaine séance »:

  • est-ce que je propose un nouveau rdv au risque de laisser penser que cette séance n’aurait pas fonctionné?
  • Quelle temporalité laisser entre deux rdv?
  • À partir de quoi débuter la deuxième séance (et les suivantes)?

On se retrouve alors régulièrement avec

  • des accompagnements qui s’arrêtent sans qu’aucun mot ne soit posé dessus
  • des praticiens qui se demandent si ça va mieux
  • parfois, des praticiens qui appellent parce qu’ils n’ont plus de nouvelles et qu’ils aimeraient bien savoir ce qu’il en est (est ce que j’ai foiré ma séance? est ce qu’ils sont contents? est-ce que je propose un nouveau RDV?)

Rien de plus inconfortable pour un thérapeute que ces accompagnements qui « finissent » faute d’avoir été anticipés car sans stratégie d’accompagnement.

 

Alors revenons au commencement.

 

Notre job, en tant que professionnel de l’accompagnement, est d’intervenir à la demande d’une famille pour apporter une aide, un regard extérieur, qui permettront de faire un pas de côté sur ce qui est vécu par l’enfant (et ses parents), pour proposer des outils à l’enfant afin qu’il apprenne à mieux se connaître, à accueillir ses émotions, à savoir se dépatouiller quand l’accompagnant ne sera plus là.

Cela demande déjà de bien définir l’objectif final en sachant que cet objectif peut changer!

Parce que quand on vient avec un problème qui prend toute la place (ou en tout cas beaucoup trop) dans son quotidien, on peut aussi s’apercevoir en chemin que finalement, ce n’était pas vraiment ça le problème :)

 

Alors on réajuste. Et c’est le job du thérapeute que de prendre le pouls en cours d’accompagnement pour vérifier la direction dans laquelle on va.

 

Penser la fin dès le départ, c’est dire en sous-texte à l’autre qu’on croit suffisamment en lui pour se débrouiller sans nous.

 

Attention, je ne suis pas en train de dire qu’il faut l’énoncer verbalement dès la première séance.

Mais l’avoir en tête, c’est une manière de se rappeler que même si cet enfant ou cet adolescent nous semble bien fragile, on ne pourra pas le sauver malgré lui.

C’est sortir de la toute-puissance dans laquelle n’importe qui d’entre nous pourrait tomber lorsqu’on rentre fort en résonance avec ce qui se passe pour l’autre et qu’on a l’impression qu’on pourrait l’aider.

C’est revenir à cette forme d’humilité qui permet d’orienter notre accompagnement non pas sur ce que l’enfant ne sait pas encore faire, mais sur les forces sur lesquelles il peut s’appuyer pour avancer quelle que soit sa situation.

 

Penser la fin de l’accompagnement, c’est donner une direction, anticiper sur ce qui peut se passer en laissant le choix de reprendre ou non en rdv.

C’est poser (et incarner) son cadre inconsciemment dès le départ et faire en sorte que l’autre sache comment vous l’accompagnez, quelles sont vos règles et comment il peut se les approprier.

 

Concrètement, c’est demander par exemple à l’enfant en fin de séance « est-ce que tu penses qu’on aurait besoin de se revoir? » « comment le sauras-tu? » afin de l’amener à rester actif dans ce qu’il travaille avec vous en séance.

 

Ces questions sont très puissantes, même avec les plus petits car elles témoignent de la confiance que vous avez en eux quant à leur capacité à trouver leurs propres réponses.

 

J’ai souvent été très surprise de la maturité de certaines réponses pour des enfants qui ont pu me dire de manière très précise: « je pense que j’ai besoin de venir encore x fois« .

Ça permet de questionner et de recadrer aussi parfois (souvenir de cette adolescente qui m’a dit « je pense que j’aurai toujours besoin de venir« .

Whaouh.

Merci pour cette réponse qui a permis qu’on aille travailler sur cette croyance qui lui laissait penser qu’elle n’aurait jamais les capacités de se débrouiller toute seule par rapport à ce pour quoi elle venait.

Et hop, ça donne un nouvel axe de travail qui est bien souvent le fond du problème en plus!

 

Et vous? Comment pensez-vous la fin de l’accompagnement de votre côté?

 

Si vous avez envie de créer de véritables stratégies d’accompagnement, à sortir du côté baguette magique qu’attendent souvent les parents et à sortir de la pression qu’on a tendance à se mettre dans nos accompagnements, faites donc un tour par là :)

 

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