Si je vous demandais de me décrire ce qui se passe dans votre tête quand vous êtes sur-stimulé.e, vous me parleriez probablement de “brouillard mental”, de “pensées qui fusent”, de “(sur)charge mentale”. Nos concepts d’adultes, logiques, et un peu tristes hein 😉
Maintenant, imaginez poser la même question à un enfant de 8 ans. La réponse pourrait est généralement toute autre…
“Ah là, mais j’ai plein de petits bonhommes qui courent partout dans mon cerveau !”, “C’est comme si ça sortait par le haut de ma tête !”, “Je sens que ça pétille partout dans mon corps !”.
J’ai entendu des descriptions si riches, si précises, si incroyablement créatives de la part des enfants que j’ai accompagnés que je peux vous l’assurer : vous aurez beau avoir l’imagination la plus fertile du monde, vous n’inventerez jamais un truc aussi élaboré que ce qu’un enfant peut vous raconter sur son propre fonctionnement interne.
Et c’est là que se trouve une mine d’or, souvent inexploitée par les thérapeutes. Parce que ces métaphores à priori « banales » pourront devenir de puissantes métaphores hypnotiques sur lesquelles vous appuyer pour vos accompagnements.
Parce qu’on a tendance à vouloir imposer nos propres métaphores, nos propres outils, nos propres “visualisations guidées”.
Mais on oublie l’essentiel : les métaphores hypnotiques les plus géniales sont déjà là, créées par l’enfant lui-même. Notre seul job, c’est de lui demander de nous les expliquer.
Quand les métaphores hypnotiques de l’enfant deviennent votre meilleur outil
J’ai en tête l’exemple d’un jeune que j’ai accompagné et qui avait du mal à se concentrer.
Et comme souvent dans ces cas-là, il m’a décrit ce fameux trop-plein qui “sortait par sa tête”.
J’aurais pu ignorer ce détail, le trouver “mignon” et poursuivre mon accompagnement habituel. Mais au lieu de ça, j’ai sauté sur l’occasion de cette clé qu’il me servait sur un plateau.
Je lui ai demandé : “Ah, génial, et c’est ok pour toi quand ça sort comme ça par ta tête?”.
L’enfant : “Ben non, parce que quand ça sort, j’arrive plus à me concentrer, il y a trop de choses.”
J’ai continué, en utilisant sa métaphore à lui : “D’accord. Et si on imaginait un moyen pour que ça ne sorte pas tout d’un coup ? Qu’est ce que tu pourrais imaginer/créer, pour que tu puisses choisir ce qui sort et ce qui reste à l’intérieur ? ”
Je n’ai rien eu à inventer, tout était déjà là, hyper parlant pour lui, et donc beaucoup plus puissant que ce que j’aurais pu essayer d’imaginer pour l’aider.
J’ai simplement pris la description de cet enfant et l’ai transformée en levier de changement. On a co-créé une solution ensemble, en partant de son univers, de ses mots, de ses images.
L’hypnose, pour ça, est un outil extraordinaire, car elle permet de naviguer dans cet imaginaire et de le rendre actif, de le transformer en ressource (et de créer de puissantes métaphores hypnotiques).
L’enfant n’est plus passif, il devient l’architecte de sa propre solution. Sans compter que l’engagement est bien plus important (et les résultats proportionnels).
Arrêtez de parler, commencez à écouter (vraiment)
Ce principe ne s’applique pas qu’à l’hypnose d’ailleurs.
Que vous utilisiez l’EFT, le dessin, le jeu, ou simplement la parole, la posture est la même : partez de l’enfant, car bien souvent, sa description du problème EST la solution.
Un enfant vous dit qu’il a “un monstre dans le ventre” quand il a peur ?
Ne lui dites pas “Mais non, les monstres n’existent pas”.
Demandez-lui plutôt : “Ah oui ? Il est comment ce monstre ? Il a quelle couleur ? Quelle taille ? Et de quoi il aurait besoin, ce monstre, pour être plus calme ?”.
Ces questions sont des portes directes vers un dialogue avec son inconscient, en utilisant son propre langage et ses propres représentations et je vous explique comment les utiliser ici.
Alors oui, c’est un changement de paradigme important pour beaucoup de praticiens. Il faut accepter de lâcher le contrôle, de ne pas savoir où l’on va, de faire confiance à l’enfant comme guide de son propre monde intérieur.
C’est souvent assez inconfortable au début ahaha, parce qu’on peut avoir peur de ne pas savoir où ça va nous mener, peur de ne pas avoir “le bon outil”. Mais la vérité, c’est que le meilleur outil, c’est l’enfant lui-même et votre capacité à l’écouter réellement.
Alors, la prochaine fois que vous serez en séance avec un enfant, je vous propose un défi.
Posez-lui la question : “Quand ça se passe (le problème), ça fait quoi à l’intérieur de toi ? Ça ressemble à quoi dans ta tête ou dans ton corps ?”.
Et puis… taisez-vous et écoutez. Mais surtout, préparez-vous à être émerveillé.e ;).
Le meilleur des accompagnements est juste là, attendant que vous tendiez (vraiment) l’oreille.


Merci pour ce rappel !!!!!!