Ah la peur de ne pas réussir, qu’il n’y ait pas de résultats…

Elle nous a tous traversé au moins une fois. Et j’ai envie de dire: tant mieux!

C’est un bon témoin de notre besoin de progresser, de continuer à travailler, se former, réfléchir et prendre du recul sur notre manière d’accompagner les enfants et les ados.

Si on retrouve cette « peur » aussi bien avec les enfants qu’avec les adultes, elle est souvent renforcée par plusieurs paramètres. Je vous en partage déjà deux qui reviennent régulièrement.

 

La pression des parents

 

Quoi qu’on en dise, accompagner les enfants a ceci de particulier qu’ils sont rarement à l’origine de la demande.

C’est le parent qui prend rendez-vous pour son enfant lorsqu’il s’inquiète pour lui avec l’envie (voire le besoin), que le problème de son enfant n’en soit plus un.

Mais la réalité est que très (trop) souvent, le parent repère un problème qui n’en est pas vraiment un pour l’enfant.
Dans ce cas, et si tu n’es pas hyper clair avec ton cadre d’accompagnement, il y a fort à parier que tu essaies de proposer quelque chose à l’enfant dans le but que la demande du parent soit satisfaite (ben oui, le parent paie… pression, pression ;) )

Les questions ou remarques du type :
« mais ça va prendre combien de temps? »
« vous pensez qu’il y a quelque chose à faire? »
« je sais bien que ce n’est pas magique mais je ne vois pas vraiment de changements »
ne feront ainsi que renforcer chez toi, en tant que praticien qui veut « bien faire », l’idée qu’il doit y avoir du résultat.

Et là, Ô malheur! tu t’empêtres dans un truc où tu sens bien qu’il aurait fallu dès le début pouvoir dire au parent que c’est peut être lui/elle qu’il aurait fallu accompagner.

Sauf que voilà.

3 séances sont passées, le parent a dépensé de l’argent et tu ne sais plus comment faire pour rebrousser chemin parce que tu savais dès le départ que ce n’était pas l’enfant qu’il fallait continuer de recevoir.

Pour peu que tu démarres dans l’accompagnement des enfants, te voilà en train de te dire « vraiment ce n’est peut-être pas fait pour moi« .

Et bim, la peur de laisser un bouche à oreille merdique grandit à vitesse grand V.
Tu te mets la pression, l’enfant le sent, la qualité du lien en prend un coup parce que tu es davantage centré sur les résultats attendus que sur ce dont l’enfant a besoin (qu’on lui foutte la paix par exemple ;) ) et le cercle vicieux de la peur et du sentiment d’incompétence se referme peu à peu sur toi.

 

L’impression de ne pas être assez formé

 

C’est une phrase que j’entends souvent dans les supervisions et coachings que je propose aux professionnels de l’accompagnement. Bien sûr qu’il est nécessaire d’avoir une formation pour accompagner, enfants ou adultes d’ailleurs!

Mais dis toi que tu plus tu vas lire, plus tu vas te former et découvrir de nouvelles méthodes et prendre conscience de tout ce qui existe… plus tu vas te sentir tout petit et pas assez formé.
Et là encore, voilà un bon moyen de te maintenir dans l’idée que tu ne peux pas te lancer car il manque encore et encore quelque chose… #jedoistoutconnaitre #jeveuxquetoutsoitparfait

Je ne sais pas ce que veux dire « assez formé » personnellement.

Je connais des accompagnants (et je suis sûre que toi aussi) qui ont fait des formations en-veux-tu-en-voilà et à qui je ne risque pas d’envoyer qui que ce soit!
Parce qu’au-delà du savoir théorique, il y a la posture, la capacité à se remettre en question, à accepter qu’on ne sait pas, même quand ça fait 30 ans qu’on exerce dans un domaine.

A l’inverse, il y a des collègues qui débutent dans le métier mais qui ont ce truc qui fait que je leur enverrais la terre entière.

Le plus dommage dans tout ça?

Ce sont justement ces professionnels là qui doutent le plus, qui ont la peur vissée au ventre de ne pas être à la hauteur.
Encore une fois, douter est important parce que c’est ce qui permet de ne pas s’enfermer dans la toute puissance du thérapeute expert qui saurait tout sur tout.

Mais ce qui est dommage par dessus tout, c’est que c’est justement cette fragilité là, cette lucidité sur ce qu’il savent et ne savent pas encore qui leur permet d’être des praticiens de qualité.

C’est ce qui permettra aux enfants de s’autoriser à être eux-mêmes. C’est cette fragilité-là qui permettra aux parents de ne pas ressentir une forme de toute puissance du thérapeute qui « sait » et de leur renvoyer en pleine figure une forme d’incompétence parentale.

Je dis depuis toujours je crois, en tout cas, depuis que j’ai débuté dans l’éducation spécialisée, que les parents sont avant tout les experts de leurs enfants.
Nous sommes des professionnels qui avons des outils, certaines connaissances et compétences, et surtout une place qui n’est pas celle du parent et qui nous permet justement de nouer un lien thérapeutique dans lequel le changement pourra commencer à s’inscrire.

Et c’est ensemble, qu’il y a quelque chose de possible.

C’est grâce à un rapport de qualité et de confiance qu’on sera en capacité de dire aussi qu’on ne sait pas.

De ne pas prendre toutes les demandes juste parce qu’on a besoin d’un chiffre d’affaire minimum pour le mois qui vient.
Parce que c’est prendre le risque justement d’être dépassé et de ne plus savoir comment le dire.

Et ça, c’est déjà franchement pas cool pour toi parce que ça renforce ta peur de mal faire mais c’est pas chouette non plus pour ceux qui viennent te voir.
Pourquoi? Parce que quoi que tu en dises, les parents viennent te voir en pensant que tu « sais » et c’est prendre le risque aussi de les renforcer dans l’idée qu’il n’y a rien à faire pour leur enfant (ou que l’enfant lui-même le pense…)

Bref. Tout ça pour dire que cette question de ne pas être assez formé et de ne pas se sentir assez légitime est une fausse question.

Toutes les formations du monde ne te donneront pas cette légitimité que tu cherches parce qu’elle doit venir de ton propre cheminement. Pas d’une certification extérieure.

Et à ceux qui répondent « oui mais les parents ont besoin de savoir que je suis formé.e« … posez-vous d’abord la question de votre propre rapport à votre légitimité ;)

 

Comment faire pour dépasser cette peur?

 

  • Aucun professionnel de l’accompagnement n’est devenu expert en sortant de formation. AUCUN.

    C’est l’expérience qui permet de grandir professionnellement en réajustant sa pratique au fil du temps.
    Cela suppose de prendre le risque de se planter et prendre le risque de ne pas savoir.
    Oui je sais, c’est pas folichon comme perspective mais l’autre facette de la pièce de la réussite…  c’est l’échec.
    Et si tu attends d’être « assez » formé pour accompagner les enfants (comme les adultes d’ailleurs), tu vas attendre un moment.

 

  • Te former de manière adaptée.

    Oui je sais, je dis depuis de début que la formation ne fait pas tout mais choisir une formation qui saura te donner ce dont tu as besoin en fonction de ce que tu veux développer est essentiel. Ce n’est pas la quantité de formations qui te donnera ce qui te manque.
    C’est d’abord savoir ce que tu as envie de développer, te demander quel praticien tu as envie d’incarner et chercher une formation qui répondra à ce que tu cherches.

    Et une fois la formation faite? tester, pratiquer, pratiquer, pratiquer… jusqu’à que tu intègres ces connaissances comme faisant partie de ta pratique sans avoir à te poser mille questions en séances du style « mince, c’est quoi après l’étape 2?« . Pour ça, cherche aussi un formateur qui t’inspire, qui t’ouvre la voie vers un modèle que tu as toi aussi envie d’incarner.

    Parce qu’au-delà du contenu, il y a la manière de le délivrer. Il n’y a pas une manière de pratiquer.
    Il y en a autant que de praticiens sur la planète.
    Et c’est la manière dont toi tu « habiteras » la théorie que tu as apprise qui fera de toi le praticien que tu as envie d’être et surtout, qui fera que les gens auront ou non envie de venir te voir TOI.

 

  • Te faire accompagner.

    Parce que rester seul.e dans sa pratique ne permet pas de voir tes propres angles morts et que rien au monde ne te fera plus bouger que les allers/retours entre théorie et pratique. Echanger dans le cadre de groupes de supervisions ou d’analyses de pratique te permettra de te confronter à tes difficultés et de prendre du recul sur ce que tu peux mettre en place pour les dépasser.
    C’est là que tu prendras conscience aussi de tout ce que tu as déjà intégré en échangeant avec celles et ceux qui n’en sont pas encore là. C’est là que tu prendras conscience que tu n’es pas seul.e à vivre ce que tu vis et que personne ne sait tout. Pas même ton superviseur!
    C’est là que tu pourras modéliser aussi les collègues qui t’inspirent et que tu pourras t’appuyer sur ce que font les uns les autres pour l’intégrer à ta pratique à toi.

 

  • Passer à l’action.

    C’est probablement le plus important. Que ce soit en commençant par s’autoriser à être visible dans ta communication en affichant ta spécialité, à écrire des articles, à proposer des ateliers autour de chez toi, à rencontrer des collègues avec qui tu peux monter des projets… Peu importe!
    Mais ça peut être aussi s’autoriser à recontacter le parent qui t’a appelé pour prendre RDV et pour lequel tu as peur de ne pas savoir quoi « faire » et proposer enfin de le recevoir en fixant ton premier RDV.
    Laisse toi cette chance de vivre cette première rencontre et sois à l’écoute de ce qui se passe.
    Pose ton cadre de manière claire, fixe toi des limites pour ne pas prendre des situations qui pourraient te mettre en difficulté et sois curieux de comment cet enfant fait pour avoir son problème.
    Reste centré sur lui, prend le temps de le rencontrer vraiment et va relire cet article si tu ne sais pas quoi faire avec lui pendant la séance :)
    Passer à l’action, c’est la première étape pour traverser ses peurs.

    Tu te reconnais dans ce que tu viens de lire?
    Demande toi quel est le plus petit truc, la première petite action que tu te sens de mettre en place et qui te rapprochera de ton envie d’accompagner les enfants et partage là en commentaire (ça aussi c’est un premier passage à l’action ;) )